Covid-19 : Vers une hausse de 15% des défaillances au Maroc en 2020


Délai de paiement, problèmes de trésorerie et même défaillance d’entreprises, les sociétés marocaines peinent à retrouver l’équilibre après la rupture du confinement suite à la crise de la Covid-19. Alors que les regards se tournent vers l’Etat et le PLF 2021, relance, confiance et accompagnement semblent les mots d’ordre privilégiés.

Dernier trimestre de l’exercice 2020 pour les entreprises marocaines, et la sortie du marasme économique ne pointe toujours pas à l’horizon. «Aujourd’hui, la crise touche l’ensemble des entreprises quelle que soit leur taille ou quel que soit leur secteur d’activité. Il y a des secteurs moins impactés aux autres, mais globalement, c’est le cas pour la majorité des entreprises et des secteurs d’activités qui sont toutes fortement impactées par cette crise», nous déclare ce mardi Amine Diouri, directeur Etudes et communication chez Inforisk, dressant ainsi un premier état des lieux.
 
«Evidemment, parmi les secteurs les plus impactés ont retrouve les secteurs comme l’hôtellerie, la restauration, location de véhicules, agences de voyages… Il s’agit notamment d’estimation de baisse de chiffre d’affaires de l’ordre de 50 à 60%», ajoute-t-il.
 
Citant une étude d’Inforisk, le responsable annonce que cette année devrait être marquée par une baisse du chiffre d’affaires consolidé de 412 milliards de dirhams par rapport à 2019 pour les 66 000 entreprises marocaines qui payent l’impôt sur le revenu. Amine Diouri rappelle aussi un autre constat : l’allongement des délais de paiement.

«On partait sur des délais déjà très élevée avant la crise, avec 202 jours pour les TPE, 113 pour les PME. La crise a accentué ces délais de paiement, c’est-à-dire que 50 à 60 jours additionnels sont venus se rajouter aux délais initiaux. Aujourd’hui, les TPME sont dans une situation d’asphyxie à cause de cela, d’autant plus qu’elles ont plus de mal à recouvrir leurs créances, qui est une difficulté supplémentaire.» Amine Diouri

Quant à la défaillance d’entreprise, il précise aussi que selon les estimations, «la hausse devrait être de 15% d’ici la fin de l’année, avec un pic lors de la fin du premier trimestre de 2021».

Amine Diouri, directeur Etudes et communication chez Inforisk. / DR

Amine Diouri, directeur Etudes et communication chez Inforisk. / DR
 
A elle seule, la Loi de Finances «ne peut pas tout résoudre»
 
De son côté, Mehdi Fakir, économiste, consultant en stratégie et risk management rappelle que «les difficultés des entreprises sont liées aujourd’hui à deux principaux effets». Il cite ainsi des difficultés conjoncturelles mais bien d’autres, d’ordre structurel.
 
«Certains secteurs dépendant de la demande intérieure ne devraient pas en toute logique être impactés. Par contre, lorsque la confiance disparait ou qu’il y a un problème de visibilité, tout ce mélange. Il y a un sujet culturel qui fait qu’en absence de visibilité, on ne dépense pas, on ne règle pas ses factures et on cherche la petite bête pour ne pas contribuer à l’économie, profitant culturellement de la crise et son effet», souligne-t-il.
 
Pour ce qui est structurel, le consultant en stratégie et risk management rappelle que «l’économie marocaine dépend structurellement de l’agriculture» et que «de ce fait, une année de sécheresse est de facto une année de crise». 

S’agissant des problématiques de trésorerie et de délais de paiement, il rappelle qu’elles «ne datent pas d’aujourd’hui» et qu’il faut «déblayer le terrain et analyser la situation de façon très approfondie pour imaginer les solutions». Dans ce sens, Mehdi Fakir estime que «compter sur la loi de finances 2021 pour solutionner tout cela reste en dehors de la logique et de la raison», car «une loi de finances à elle seule ne peut pas tout résoudre».

«Par contre, cette loi pourrait apporter des solutions en envoyant des signaux : redonner confiance et préserver les secteurs productifs et de facto l’emploi et la consommation intérieure pour sauver l’économie nationale. Mais pour entamer des réformes, je pense que cela est impossible car la marge est réduite et on va s’endetter.» Mehdi Fakir

Mehdi Fakir, économiste, consultant en stratégie et risk management. / DR

Mehdi Fakir, économiste, consultant en stratégie et risk management. / DR

Financer et accompagner 
 
De son côté, Amine Diouri estime que «les attentes sont fortes pour les entreprises puisque depuis fin juin, il n’y a que Damane Relance TPE qui est proposé, avec des plans sectoriels spécifiques, dans le tourisme et depuis hier pour des secteurs particuliers». «Il faut relancer la machine et c’est ce qu’on attend de la prochaine Loi de Finances 2021 : proposer des mesures qui permettent de relancer, d’améliorer le climat des Affaires», précise-t-il. 

Et d’ajouter que «les mesures fortes qui ne coutent pas nécessairement chers», citant à cet égard la proposition de «non déductibilité de la TVA pour les factures ayant des délais supérieurs à 120 jours» et qui «ne va pas couter cher à l’Etat».

Mehdi Fakir, insiste, pour sa part, sur le rôle de l’accompagnement. «Les formules de financement sont bien, à condition qu’elles soient dans l’intérêt de l’entreprise», insiste-t-il.

«Les entreprises aujourd’hui ont un besoin d’argent pour qu’elles le dépensent, mais elles ont besoin d’être accompagnée. Où est l’accompagnement en matière d’adaptation, de bonne gestion ou même psychologique ? On est en train de gérer l’exception avec la règle.» Mehdi Fakir

Lui aussi appelle à «éviter les raisonnements mécaniques, aller plus dans le fond et trouver de nouvelles formules et idées», plaidant pour des solutions, comme «le partenariat public privé» afin de «permettre à l’Etat d’optimiser son budget et d’allouer plus d’argent à autre chose et permettra aux structures privées de contribuer au développement socioéconomique du Maroc».


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