LE360.MA: Interview Amine Diouri


Le spécialiste du renseignement commercial Inforisk a dévoilé cette semaine les résultats d’une étude sur l’impact de la crise du Covid-19 sur les entreprises. Amine Diouri, directeur Etudes & Communication chez Inforisk, revient pour Le360 sur les principales conclusions de cette étude. Entretien.

Quelles sont les sources de données sur lesquelles vous vous êtes appuyés pour réaliser votre étude?

 
L’aspect méthodologique de notre étude est central. En tant que spécialistes data, nous avons collecté, agrégé et analysé différentes sources de données: plateformes Data Inforisk (bilans, informations juridiques, légales…), entreprises interrogées via notre enquête auprès de 2.000 entreprises, données provenant des banques, institutions publiques et privées (CCG, HCP, BAM…), fédérations professionnelles, etc.

Nous avons agrégé énormément de signaux de data liés à la crise Covid-19, ce qui nous a permis in fine de calculer des éléments quantitatifs précis, sous forme de tableau de bord avec des indicateurs microéconomiques: baisse de chiffres d’affaires, délais de paiement, défaillances, financement…

Quelles conclusions avez-vous pu tirer de cette étude?

Plusieurs points saillants émergent de notre étude. Tout d’abord, les entreprises interrogées font ressortir une baisse importante du chiffre d’affaires estimé en 2020: -32% en moyenne, soit une baisse prévisionnelle de 412 milliards de dirhams pour l’ensemble des entreprises marocaines, avec beaucoup d’écarts entre les secteurs d’activité.

Les secteurs les plus touchés seraient les hôtels et les restaurants, les agences de voyages et de location de véhicules. Quelques activités résilientes résistent toutefois à la crise: les télécoms, l’agroalimentaire et la santé.

Autre élément majeur, la forte augmentation des délais de paiement. Ils étaient déjà très élevés pour les TPE (212 jours). Avec la crise, non seulement, celles-ci ont plus de mal à recouvrer, mais en plus, ces mêmes délais se sont encore allongés de 50-60 jours en moyenne. L’impact sur la trésorerie des entreprises est évidemment très fort. Cela dit, les mesures prises par l’Etat pendant la période de confinement, ainsi que les moyens financiers importants mis en œuvre, ont permis de limiter les impacts financiers sur les entreprises.

Une étude française de la direction du Trésor a montré que l’impact «Cash» de la crise sur les entreprises avait été abaissé de 95% à fin juin grâce aux mesures de soutien étatique.

Néanmoins, si ces mesures réduisent l’impact, elles n’annulent pas les risques de défaillances. Je rappelle qu’avant la crise, près de 25% de nos entreprises avaient une santé financière fragile ou très fragile. C’est pour cela que nous estimons que d’ici la fin de l’année, avec une reprise normale de l’activité des tribunaux de commerce, nous devrions voir les défaillances augmenter de 15%, avec un pic atteint lors du 1er trimestre 2021.

Dernier point saillant de l’étude, nous avons évalué le potentiel d’entreprises éligibles aux programmes Damane Relance et TPE, sous l’angle du ratio d’endettement et de la santé financière des sociétés marocaines. Selon nos estimations, il existe un potentiel solvable de près de 52.000 entreprises, pour un encours total de l’ordre de 70 milliards de dirhams.
A quel impact sur les finances publiques, notamment sur les recettes au titre de l’Impôt sur les sociétés (IS), faut-il s’attendre?

Nous avons essayé de voir comment les baisses estimées de chiffres d’affaires en 2020 par les entreprises risquent d’abaisser leur profitabilité et donc le montant de leur IS versé.

Pour cela, nous avons évalué pour chaque entreprise la baisse du chiffre d’affaires estimé en 2020 (compte tenu du secteur d’activité) avec son seuil de rentabilité ajusté. Grâce à cela, nous avons pu estimer que deux tiers des entreprises ayant un résultat excédentaire en 2018 ne le seraient plus en 2020, d’où l’impact sur le montant d’IS versé à l’Etat.

De l’autre côté, nous pensons que les principaux contributeurs fiscaux, à savoir les banques, assurances, sociétés de financement, seront impactés au niveau de leurs marges (hausse du risque et des provisions). Par conséquent, nous estimons que le manque à gagner pour l’Etat serait de l’ordre de 20 milliards de dirhams, sachant qu’en 2019, les recettes de l’IS étaient de 54 milliards de dirhams.

En quoi la data peut-elle aider les entreprises pendant cette crise ?

Compte tenu de la crise actuelle, nous pensons que, plus que jamais, la data est le partenaire stratégique de nos entreprises. Dans ce brouillard ambiant, elles ont besoin d’avoir de la visibilité sur leurs contreparties: sont-elles solvables, leur business a-t-il été fortement impacté par la crise, et surtout paieront-elles en temps et en heure? Pour chacune de ces questions, la data apporte des solutions. La data science, à travers les outils de scoring (défaillance, solvabilité), répond à la problématique de solvabilité.

Concernant la question de l’impact «Business», nous avons utilisé dans notre étude un outil data que nous avons construit durant la crise et qui évalue l’impact Covid-19 d’une entreprise par rapport à son secteur d’activité et à sa zone géographique (impact sanitaire).

Dernier point, nous pensons plus que jamais que l’information sur les retards/comportements de paiement des entreprises est nécessaire aux entreprises pour évaluer les bons et surtout les mauvais payeurs. C’est pour cela que nous avons lancé en fin d’année dernière le programme Inforisk Dun Trade.


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