Financement TPME, entre optimisme et scepticisme


L’appel royal aux banques pour la facilitation de l’accès au financement du tissu entrepreneurial redonne de la confiance aux jeunes porteurs de projet.

Pour autant, certains experts appellent au réalisme, car les vannes du financement ne s’ouvriront pas du jour au lendemain.

Le discours du Roi Mohammed VI du 11 octobre 2019 à l’occasion de la rentrée parlementaire constitue un moment historique que les acteurs de l’écosystème entrepreneurial n’oublieront pas de sitôt.

Pour cause, au-delà du constat et du diagnostic que tout le monde connaît quant à la difficulté d’accès au financement des TPE et des personnes vulnérables économiquement, l’allocution royale est un appel au nouveau gouvernement, Bank Al-Maghrib, et au Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) pour la mise au point d’un programme spécial d’appui aux jeunes diplômés et de financement des projets d’auto-emploi.

«Le message du Roi en matière de financement est extrêmement important car  ses discours sont toujours écoutés. Il y a de cela quelques temps, le Souverain, lors d’un discours, avait sommé l’administration de régler à temps les entreprises. Cette injonction royale a été suivie de mesures immédiates allant dans le bon sens», analyse Amine Diouri, directeur des études et communication d’Inforisk.

«Ce discours sonne comme un rappel à l’ordre aux banques qui ne font pas leur travail», affirme de son côté Abdallah El Fergui, président de la Confédération marocaine de TPE-PME.

Et de rappeler : «Depuis l’époque de la Fédération des jeunes entrepreneurs, il y a près de trente ans, nous ne cessons de dire que les banques doivent s’impliquer à la fois pour le financement et surtout l’accompagnement des porteurs de projet et des TPE et PME». Ce dernier appelle le système bancaire à s’engager davantage sur le terrain du financement des TPE. «Au Maroc, si chaque banque injecte réellement ne serait-ce qu’1 Md de DH dans les TPE, notre économie irait beaucoup mieux, avec l’augmentation du taux de croissance et  la réduction du taux de chômage des jeunes», explique El Fergui.

Les vannes s’ouvriront-elles ?

«Au-delà du financement, il est important de garder à l’esprit que le succès des auto-entrepreneurs et des porteurs de projets passe par l’accompagnement et le conseil. Il ne suffit pas seulement d’apporter du financement à ceux-ci», alerte Amine Diouri, qui depuis, quelques années, pointe du doigt les faiblesses des PME et TPE (sous-capitalisation, problèmes de trésorerie, absence d’investissement, mortalité, etc.).

A la question de savoir si les banques changeront de businessmodel, ce dernier appelle au réalisme. «Nos banques sont tenues par des normes prudentielles (Bâle II-III, normes IFRS 9, etc.). Celles-ci doivent par conséquent faire attention quant au profil risque de l’emprunteur qui conditionne le niveau de la provision», assure-t-il, tout en précisant : «Il ne faut pas croire que les banques vont ouvrir les vannes du financement du jour au lendemain».

A contrario, le président de la Confédération des TPE-PME est beaucoup plus optimiste. Il estime de surcroît que les banques doivent prendre un peu plus de risque sur le segment des porteurs de projet et des entreprises de petite ou moyenne taille. «Les défis sont tels que le secteur bancaire est astreint de sortir de sa zone de confort», prédit Abdallah El Fergui. Ce dernier reste convaincu que le discours du Roi tombe à point nommé, notamment dans un contexte de mise en place d’un nouveau gouvernement.

«Tous les ingrédients sont réunis pour la création de nouveaux mécanismes innovants destinés au financement des TPME et des porteurs de projet», fait-il remarquer.     

L’innovation, la clef de voûte

«Bank Al-Maghrib a mis en place un mécanisme de financement destiné aux PME, avec un taux de refinancement attractif pour les banques qui respectent le quota de financement des PME. Ce genre d’instrument peut être étendu aux auto-entrepreneurs et aux étudiants diplômés», suggère Amine Diouri, qui fait une proposition allant dans le sens de la mise sur pied d’un Fonds dédié aux auto-entrepreneurs et aux étudiants diplômés. D’ailleurs, la création d’un nouveau compte d’affectation, intitulé : «Fonds d’appui au financement de l’entrepreneuriat», doté de 6 Mds de DH, alimenté par les banques, l’Etat et les collectivités territoriales, est l’une des mesures-phares du Projet de Loi de Finances 2020. ◆


Encadré : Un regain de confiance

«Depuis le 11 octobre 2019, notre confédération reçoit davantage de demandes d’adhésion de la part de jeunes porteurs de projet qui espèrent que le discours royal fera bouger les lignes en matière de financement», révèle El Fergui, qui parle d’un regain de confiance de la part de jeunes entrepreneurs, qui faute de financement, étaient contraints d’abandonner leurs projets.

Celui-ci précise également que la restauration de la confiance par le discours royal, lors de la rentrée parlementaire, est de bon augure pour l’économie nationale. Ceci dit, l’association fait savoir qu’elle veillera à ce que les banques déclinent sur le terrain les orientations du Roi en matière de facilitation d’accès au financement des TPME, des porteurs de projet et des jeunes diplômés.


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