Accès des PME aux marchés publics, entre avancées et contradictions


♦ Les professionnels, qui saluent le volontarisme du gouvernement pour faire des marchés publics une opportunité de développement des PME, pointent du doigt certaines incohérences.

Un des temps forts de la cérémonie de présentation du clas­sement des 1.000 PME 2019, a été le débat franc portant sur les opportunités offertes aux PME par les mar­chés publics.

D’emblée, il est utile de rap­peler que les défaillances des entreprises sont dues majoritai­rement aux délais de paiement trop longs et à l’insuffisance des débouchés. La commande publique, boostée par les inves­tissements de l’Etat et de ses démembrements (entreprises et établissements publics, collec­tivités locales), constitue alors un véritable relais de croissance pour les TPME.

«Il faut garder à l’esprit que 70% du chiffre d’affaires du secteur des BTP sont liés aux marchés publics dont le montant budgétisé tourne autour de 190 Mds de DH en 2019», rappelle Amine Diouri, directeur Etudes et communication d’Inforisk, qui ne manque pas de souligner l’amélioration du taux de réalisa­tion des marchés publics qui se situe à près de 80%.

Il ressort des débats que les PME ne profitent pas assez des opportunités de développement offertes par les marchés publics. Toutefois, les professionnels saluent la posture volontariste du gouvernement, qui a adopté en avril 2019 le décret numéro 2-19-69 modifiant et complétant celui de 2013 portant sur les marchés publics.

En vertu de ce nouveau dispo­sitif, les marchés publics sont ouverts aux autoentrepreneurs, aux coopératives et à leurs groupements au même titre que les PME. Celui-ci porte égale­ment de 20% à 30% la part de la commande publique que les donneurs d’ordres doivent réserver annuellement à cette catégorie de prestataires com­posée des PME, des autoentre­preneurs, des coopératives et de leurs groupements.

En revanche, tout l’enjeu sera de remédier aux contractions qui constituent un obstacle aux ambitions du nouveau décret. A titre illustratif, la classifica­tion du ministère de l’Intérieur provoquerait un effet d’éviction pour les PME évoluant dans le domaine des BTP.

Les critères mis en place par le ministère constituent en quelque sorte une barrière à l’entrée, d’autant que les PME réalisant un chiffre d’affaires de 15 MDH qui concourent aux marchés publics, doivent avoir au minimum un capital social de 3 MDH. ♦

PAROLES DE PRO: AMINE DIOURI, DIRECTEUR ÉTUDES ET COMMUNICATION D’INFORISK

«Les critères mis en place par le ministère de l’Intérieur pour les entreprises du BTP sont contraignants pour les PME. Ce qui n’est pas le cas pour les grandes entreprises qui ont une assise financière solide ainsi qu’une masse salariale importante, en plus d’un taux d’encadrement conséquent au niveau des ressources humaines. Au-delà du sujet des marchés publics, il est important de mentionner quelques enseignements issus du classement des 1.000 PME de cette année. En effet, 2/3 des entreprises présentes dans le classement de 2019 figurent dans ceux des éditions précédentes. Ce qui témoigne de la stabilité de celles-ci en termes de performance au niveau des marges nettes et des délais de paiement (113 jours délais-clients et 125 délais-fournisseurs). Les sociétés intégrées dans le classement, qui en réalité n’ont pas de problèmes de trésorerie, ont réalisé entre 2016 et 2017 une croissance moyenne de 5%. Ce qui est au-dessus du taux de croissance du PIB».


Tagged under:

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.