La hausse de la création d’entreprise est-elle un bon signe?


En 2018, les créations d’entreprises se sont multipliées. Cette progression ne doit cependant pas cacher la fragilité de l’entrepreneuriat marocain.

La plus forte hausse depuis dix ans. Selon l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), quelque 92.000 entreprises ont été créées en 2018 au Maroc. Ce qui représente un bond de 20% par rapport à 2017. Une bonne nouvelle pour la santé de l’économie marocaine? Pas si sûr, car création d’entreprise rime parfois avec chômage.

« Il n’a jamais été si simple de créer son entreprise »

« Cette progression est à nuancer », affirme Amine Diouri responsable PME chez Inforisk Dun & Bradstreet. Pour lui, « l’économie marocaine créant peu d’emploi, les gens se trouvent bien souvent dans l’obligation de créer leur propre emploi. L’entreprise devient alors un moyen pour eux de travailler ». Les jeunes, plus touchés par le chômage, se dirigent naturellement vers l’auto-entrepreneuriat dont le statut, facile à obtenir, a officiellement été reconnu par l’État en 2016. 

Selon une étude du GEM (Global Entrepreneurship Monitor) publiée en 2017, les entrepreneurs marocains perçoivent majoritairement leur activité comme une nécessité. Ceci tend à démontrer l’existence d’un entrepreneuriat de subsistance plutôt que d’opportunité.

Pour le directeur de l’OMPIC Larbi Benrazzouk, cette hausse est la preuve que l’entreprise séduit des pans plus larges de la population marocaine. « On remarque une prise de conscience chez les jeunes. Aujourd’hui, ils n’hésitent plus à franchir le pas pour développer leur propre business. Ce changement de réflexe constituera un véritable moteur pour le développement », s’enthousiasme-t-il. Le directeur de l’OMPIC indique en outre que le statut d’auto-entrepreneur a joué une grande rôle dans cette « nouvelle dynamique ». Aujourd’hui, le pays compte presque 100.000 auto-entrepreneurs.

« Grâce à l’effort des pouvoirs publics, il n’a jamais été si simple d’ouvrir son entreprise, fait remarquer Amine Diouri. En termes de coûts, de délais, de procédures, l’accès à l’entrepreneuriat a été largement facilité au cours de ces dernières années ». Aucun capital de départ n’est même exigé pour lancer sa SARL. Au point de créer des effets pervers? « Les fonds apportés par les créateurs d’entreprises sont insuffisants. Presque 50% des SARL qui voient le jour ont un capital inférieur à 10.000 dirhams », explique Amini Diouri. Passés les premiers investissements, les entrepreneurs se trouvent rapidement en défaut de liquidités. Il devient alors très difficile pour eux de maintenir leur activité.

Effet de retard

Larbi Benrazzouk sait que les entrepreneurs, surtout les plus fragiles, ont besoin d’être encouragés dans leur démarche. « Il faut nous appuyer sur ses bons chiffres pour créer un environnement favorable à l’entrepreneuriat. Par des incitations fiscales, notamment en direction des jeunes et des territoires, nous pourrons stimuler la créativité, libérer les énergies et soutenir les foyers d’innovation dans le pays », explique le directeur de l’OMPIC. Il rappelle que le but était d’aider les entreprises nationales à « intégrer la chaîne de valeur mondiale ». Larbi Benrazzouk appelle en outre à faire preuve de patience. La multiplication des entreprises au Maroc ne livrera des résultats comptables qu’après un « effet de retard ». En 2018, la croissance du pays a reculé de 1,1% par rapport à 2017 et l’investissement a affiché une hausse poussive de 3%.

Au Maroc, le taux de mortalité des entreprises est très élevé. La moitié d’entre elles se trouvent d’ailleurs obligées de mettre la clé sous la porte au bout de cinq années. « Ces défaillances sont précisément dues à une mauvaise préparation. Beaucoup de gens lancent leur entreprise en ignorant où ils mettent les pieds. L’État a ici un rôle à jouer, car nous manquons de mesures d’accompagnements, nécessaires à la survie des jeunes entreprises », lance Amine Diouri.

En outre, les difficultés d’accès aux financements auprès des établissements bancaires et des marchés publics et privés demeurent problématiques. Selon le GEM, deux tiers des Marocains qui souhaitent lancer leur entreprise sont contraints d’y renoncer. Et pour ceux qui y sont parvenus, le taux de peur de l’échec avoisine les 40%.


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